Le Grand Tétras, oiseau emblématique de nos montagnes, est menacé sur l'ensemble de son aire de répartition en Europe occidentale. Cette espèce a disparu des Alpes au début des années 2000. Dans le Jura, la situation de l’espèce est très inquiétante avec une baisse continue des effectifs au cours des dernières décennies. Quant aux Vosges, les effectifs ont chuté de 75% entre 1977 et 2007, passant de 250 coqs à 50.

Dans les Pyrénées, la diminution des effectifs de Grand Tétras est estimée à près de 60% depuis 1970. Pour le département des Pyrénées-Orientales, le nombre de coqs dénombrés sur les places de chant (sortes d’arènes sur lesquelles les mâles s'affrontent au moment de la parade nuptiale et réutilisées chaque année) est passé en moyenne de 7 à 4,5 entre 1980 et 2006. La régression de cette espèce est évaluée à 75% depuis 1960 sur l’ensemble de la chaîne pyrénéenne.

La situation du Grand Tétras est donc très préoccupante. Elle a d’ailleurs été prise en compte depuis longtemps par nos voisins européens. En Suisse, le Grand Tétras est devenu une espèce protégée par la législation nationale en 1971. En Espagne, l'espèce est protégée depuis 1986. En Andorre, la chasse est interdite depuis 1965 et l'espèce est protégée depuis 2001.

Le Groupe Ornithologique du Roussillon, qui œuvre depuis 1990 en faveur de la protection de la faune sauvage et de ses habitats dans le département des Pyrénées-Orientales, mène le combat pour la sauvegarde du Grand Tétras dans nos massifs.

Car malgré sa situation alarmante, le Grand Tétras reste chassable en France.

Or, parmi les nombreuses menaces qui pèsent sur lui, la chasse est un facteur de mortalité important, qu’il soit direct (tir de coqs, coqs blessés non récupérés…) ou indirect (dérangements lors des prospections préalables aux journées de chasse). Sans parler du braconnage qui reste une pratique courante…

Suite à l'action juridique menée par le GOR pour préserver la fragile population de Grand Tétras des Pyrénées-Orientales, le Tribunal Administratif de Montpellier a annulé, en mars 2015, l'arrêté préfectoral autorisant l'association communale de chasse de Llo à abattre un mâle.

Une victoire qui s’ajoute à celles -nombreuses- remportées dans les autres départements de la chaîne pyrénéenne : depuis 2011, pas moins de 38 procédures concernant la chasse au Grand Tétras ont été gagnées par les associations de protection de la nature !

Alors pour contester cette décision, le Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, à l’époque dirigé par Ségolène Royal, a saisi la Cour Administrative d’Appel de Marseille. Une position totalement incompréhensible et incohérente quand d’un autre côté, l’état met en œuvre des moyens pour la sauvegarde de cette espèce. Le Grand Tétras fait en effet l’objet d’une Stratégie nationale de conservation.

Le ministère a ainsi fort justement été débouté de sa requête. Le 30 mars 2017, le jugement initial a été entièrement confirmé par la Cour d’Appel. Après avoir rappelé la très forte diminution du Grand Tétras dans les Pyrénées françaises, la Cour a notamment fondé sa décision sur le fait que dans les Pyrénées-Orientales, le nombre de coqs reste inférieur « au seuil critique de cinq cents unités », et qu'en outre, l'indice de reproduction sur la zone considérée était « insuffisant pour assurer la viabilité de la population à court ou moyen terme ».

Le ministère a donc décidé de jouer sa dernière cartouche devant le Conseil d’État. Une obstination ahurissante au regard des ambitions affichées par le gouvernement en matière de protection de la biodiversité. Il reste néanmoins encore une possibilité que ce recours soit rejeté, ce que nous appelons évidemment de nos vœux.

Un tel entêtement qui cautionne, voire encourage, la chasse d’une espèce dont l’état de conservation est unanimement reconnu comme défavorable, traduit au minimum une absence totale de prise de conscience par l'État de la gravité de la situation dans laquelle se trouve cette espèce déjà éteinte sur une partie du territoire français.

Et quel message envoyé par l’État français au grand public, à l’heure de la sixième grande extinction de la biodiversité…